La Tourette, batelière, parmi les coquins 

12 novembre 1790
J’ai reçu votre dernière lettre[1]« et jay de suite arresté un peti batautnommé tourette de St Clément (un faubourg de Nantes) dans lequelle je chargeré vos dix futailles daux devie dès qu’ils seron rendu en notre port, ils son encort en gabare proche pinbeuf et ne peuve monter que la crue ne soit diminué ou les vend changé, car il faut des vent bas pour les mettre en notre port, vous pouvez estre tranquille je soignéré le nécessaire et ne perdré pas  un seulle instant  dès quille seront arrivé ici, cette article a considérablement auguementé […] le bruit de paix ne peut que le faire augmenter vue qu’il va se faire des armement pour la cote de guinê en commandite il faut considérablement des aude vie pour ces sortes d’armement »

Notons que « par petit bateau » désigne un transport en accéléré, en bateau isolé vite chargé et déchargé, pour ainsi dire à la demande ; contrairement à la navigation en train de bateaux, qui également est sujette à de fréquents accidents. Il est de plus en plus utilisé à la fin du XVIIIe siècle[2].

Ricordel envoie des eaux-de-vie, surtout du sucre à Orléans, en retour, il fait venir des farines et des fromages

30 décembre 1790
Le jour que votre  lettre du 18 « me donna contre ordre, je lui dit (la Tourette) que je ne luy chargerais pas laudevie mais que le lendemain je lui donnerais 5 barriques sucre il me dit que cela sufisait et qu’il comptait la deçu, je lui charge dans son batau une caisse de savon quelleque baril  serdinne à un de mes voisin, cette batelière a parti dans la nui, a emporté ces marchandises sens  rien dire, il est à croire que cest une coquine elle est parti comme cela sens rien dire, ma caisse de savon est marqué JDP..n°39 pesant 225 livres 33 tar, je vous prie monsieur de vouloir bien vous informer en votre port de cette batelière et de tacher de la rester  ou du moin ma caisse de savon je vous serais obligé, en conséquence je vais charger vos sucre dans les bataux de Ferant estant attendu le 1.décembre à prendre l’espédition  […] Les batau de Ferant son pareille ceux de la tourette, il son petit se rendron en diligence[3]».


[1] Notons que c’est sans doute son fils, ou un autre jeune, qui tient les écritures, vu l’orthographe phonétique.
[2] Louis Colas Desfrancs utilise déjà ce système. Cf F. de Person, Un Orléanais à la conduite de son négoce, éditions La Salicaire, 2008.
[3] Se rendre en diligence : aller quelque part rapidement sans tarder.

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