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Un Carnaval en 1713

Carnaval est toujours une période de fête, parfois semée d’incidents. Voici ce qui se passe à Veuves, pas loin de Chaumont-sur-Loire.

9 avril 1680

Catherine Peigné, femme de Louis Boullon, voiturier par eau tenant le bac de Veuves, témoigne devant le juge :

« A dit qu’estant à la porte de sadite soeur, il y vint deux personnes masquées dont une tenoit une gasche à la main, et l’autre un baston de fagot, au bout duquel y avoit deux autres morceaux de bois en forme de cornes, lesquels masques avoient un tambour, qui disoit à haute voix, c’est un homme de paille qui se laisse battre à sa femme et faisoient avec leur gasche, et leurs baston des figures pour se mocquer de ladite Boullon et de son mary, lesquels masques étoient sorty du domicile de la veuve Mangeant ; et qu’elle a apris que lesd masques estoient le fils aisné du sieur Briant, de la poste, et l’autre le cuisinier de Brian, hoste de l’escu, et le tambour estoit le fils dudit Felix Brian. Pendant lequel temps que les masques furent au devant de sa porte, la sœur de ladite Boulon luy dist que ces gens les jouoient, et comme elle en avoit eu aussy advis que l’on devoit les jouer, elle alla vers lesdits qui, la voiant, s’enfuirent, ce que voyant ladite Boullon elle courut après eux,et leur demanda pourquoy ils se mocqoient ainsy d’elle, lesquels masques ne respondirent rien, cependant elle donna un coup de crochet à bast d’asne à un desd masques qui ,aiant osté son masque, le reconnut pour le cuisinier de Félix Brian ; après quoy les masques continuèrent leur chemin, et elle revint dans le bourg où elle trouva led Boullon son mary qui lui demanda ce qu’elle avoit et quelle paroissoit, auquel elle ne répondit rien. Et ledit Boullon lui dist, tu devrois crever leur tambour, à quoy ladite femme Félix Brian, se trouvant dans le carroy dudit Veuves proche ladite femme; dist audit Boullon que ses enfans avoient un tambour pour leur plaisir avant que sa femme l’eut battu ;
A dit (Catherine Peigné) que cette response l’obligeant d’aller à elle en luy disant puisque c’est aujourd’huy le mardy gras et qu’il est permis de se réjouir, il fault donc que je me réjouisse, et en mesme temps continua à luy dire qu’elle n’avoit que faire de se mesler de son mesnage, qu’elle ne se méloit pas du sien et pour la faire souvenir de sa remonstrance luy donna un coup de crochet qu’elle tenoit à la main en disant, toutes les fois que tu as battu ton mary, je ne m’en suis pas meslée. » 

Louis Boullon interrogé paraît plus philosophe. Ayant accouru, il finit par continuer son chemin et alla sur la levée fumer sa pipe. Il certifie n’avoir pas juré le nom de Dieu et traiter ledit Brian de sorcier.

ADLC B

2 réflexions au sujet de “Un Carnaval en 1713”

  1. C’est sûr qu’elle n’avait que se mesler de son mesnage ! Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés (comme nous l’a rappelé récemment M. Macron à propos d’autre chose 🙂 Merci pour ce savoureux texte !

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  2. On savait s’amuser à Veuves ! C’est toujours étonnant de replacer dans un lieu où j’ai vécu mon enfance et mon adolescence, un événement passé ! Il me semble renouer avec la chaîne de tous ces villageois qui ont pris part à la vie de ce village bien avant moi. Merci Françoise pour ces spots toujours passionnants et comme ici, si drôles !!

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