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Les archives de la Bretagne confiées à Fleur de Pied

Au milieu des marchandises, la Loire achemine parfois des ballots qui n’ont pas de prix. En 1715, l’intendant de Bretagne donne l’ordre de transporter à Paris les volumes de la réformation des Domaines de Bretagne à Paris.

Une correspondance s’engage entre Paul-Esprit Feydeau de Brou, intendant de Bretagne, Gérard Mellier, général des finances de Bretagne et maire de Nantes, et différentes personnes, pour organiser l’expédition. Ces volumes le, sont de la plus haute importance, contenant les aveux et dénombrements des biens relevant directement du souverain de toute la Bretagne[1]. Ils doivent être déposés aux archives du Vieux Louvre.

15 novembre 1725, lettre de Desgrassiers à Mellier
« On trouvera des voituriers par eau qui se chargeront de transporter ces volumes à Paris par le canal, de les remettre aux gardes des archives du Louvre,  ou à l’un deux, et de raporter la reconnaissance de la remise ce qu’ils en auront faite ; comme le controlleur général paroist désirer les envoyer par le canal, j’estime qu’il convient de prandre cette voye, on voiture des vins et des ardoizes jusques à Paris par le canal, les bateliers qui font ces voitures se chargeront avec plaisir du transport de ces vollumes pour lequel vous ferez un marché avec eux ; si Monsieur de Brou en est d’advis aux Ponts de Cée d’en parler aux bateliers qui voiturent les ardoizes à Paris, et les engagere à envoyer  à Nantes un de leurs bateaux pour y prendre ces volumes et convenir avec nous du prix de la voiture. »

28 avril 1726, lettre adressée à M. de Brou.
« On a finy la relieure, il y a 242 vollumes[2]en très grands folio, il s’agist de faire travailler dans cette semaine aux caisses pour le transport de ces vollumes, nous avons pris nos dimensions avec le menuisier, il faut aussy achepter de la toile cirée pour les emballer. »

7 mai 1726, lettre non signée adressée au même 
« Vous aurez agréable de me dire, Monsieur, s’il suffit que je charge un voiturier connu et domicilié en cette ville pour conduire lesdits volumes, ou bien si vous souhaittez que je le fasse acompagner d’un garde jusqu’à Orléans. M. Des Grassiers estime que cette dernière précaution n’est pas nécessaire, mais il trouve qu’il est bon de vous en informer d’autant plus que lesdits volumes sont de grande importance, quoiqu’ils ne contiennent que des copies des minutes qui ont été déposées aux archives de la Chambre des Comptes de Nantes, cependant lesdites copies coutent plus de 15 000 livres en frais d’écriture. » 

26 mai 1726, lettre de Mellier
Les caisses seront plombées au bureau des fermes et ne seront ouvertes qu’à Paris.

8 juin 1726, signée de Brou 
Il est question de savoir s’il faut un archer ou un sergent. 
« M. de Gaumont m’a répondu le 16 de ce mois que si les volumes de la réformation des domaines de la province sont précieux pour le Roy, ils sont inutiles à tous autres particuliers qui les réputeront de moindre valeur que toutes autres marchandises qui se voiturent, qu’ainsy il n’estime pas qu’il faille des précautions singulières pour l’escorte de ces volumes. »
Les livres seront adressés à M. de Bouville, 

2 juillet 1726, « quittance pour fourniture de 60 botteaux de paille pour emballage des caisses ».

4 juillet 1726, lettre signée G. Lauvenent 
« Voicy un autre voiturier Monsieur nommé Fleur de Pied quy enlevera vos caisses mais il demande 25 livres du millier[3]et se rendra dans 25 jours. Il luy sera permis de prendre quelque aultres marchandises, voyes si cela vous convient, Mauclair a eu tort de se dédire qu’on se serve de luy.» 

4 juillet 1726,  mémoire des emballages : 
– pour 11 pièces cirées, à 5 livres 10 sols la pièce, soit un total de 60 livres 10 sols. 
– 18 livres de cordes, des fisselles, des clouds.
S’ajoute le coût de fabrication des caisses faites sur mesure. 
– « Aux portefaix qui ont porté lesdites caisses au Bureau du Sr Boisquet et de là transporté lesdites caisses au Port Maillard pour y être embarquées dans le bateau du nommé Fleur de Pied, 10 livres 4 sols ».

9 juillet 1726
Les caisses sont fermées en présence du sieur Mellier.  Elles mesurent environ 4 pieds 2 pouces de long, 2 pieds 2 pouces de hauteur et 20 pouces de profondeur[4]. Elles ont été numérotées de 1 à 10 avec de la pierre noire sur chacune des quatre faces.   

L’idée d’aller à Paris directement est abandonnée à cause des droits élevés qui se lèvent sur les deux canaux d’Orléans et du Loing, d’un montant de 300 livres. Les caisses iront jusqu’à Orléans où Monsieur de Bouville, intendant d’Orléans, les fera charger dans des charrettes en partance pour Paris. Ainsi, il n’y aura pas besoin de demander de dispense.

9 juillet 1726 – 30 juillet 1726
Loüis Fleur de Pied reçoit sa lettre de voiture. Les dix caisses, plombées et numérotées de 1 à 10, seront payées à raison de 25 livres du millier pesant, soit un total de 150 livres. Il s’oblige à les rendre à Orléans dans les vingt cinq jours. Le départ est fixé au 10 juillet si le vent est favorable. Le 30 juillet 1716, les caisses sont à Orléans. 

14 aout 1726, lettre de Desgrassières  à Mellier, 
Les dix caisses envoyées par M de Bouville sont arrivées bien conditionnées. Elles seront remises au garde des archives du vieux Louvre. Satisfaction .

ADLA  C 65


[1]C’est à Colbert que l’on doit la conception et la réalisation de cette enquête complète et radicale sur l’état du domaine royal. Décrétée en 1660, il a fallu 18 ans pour arriver à faire établir les déclarations dans les 25 juridictions que comprenait la province de Bretagne, rassemblées dans 276 volumes que complètent les 191 volumes des sentences de correction et d’enregistrement rendues par les commissaires réformateurs, soit un ensemble de 467 volumes in-folio. Établie en deux exemplaires, la collection des volumes de cette réformation est conservée à la fois à Paris aux Archives nationales et à Nantes aux Archives départementales.
Source : https://archives.loire-atlantique.fr/44/le-papier-terrier-de-la-reformation-des-domaines-en-bretagne-1678-1686.

[3]Le millier : environ 500 kg

[4]1 m 27 de long sur 66 cm de large et 50,8 cm de profondeur.



[5

 

                                                                                                                          



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